Jérôme Diacre 2016

Démarche générale de l’œuvre de Sanjin Cosabic - oeuvres récentes.

La peinture de Sanjin Cosabic ne ment pas ; elle raconte des histoires, beaucoup d’histoires... une profusion d’histoires qui se superposent, s’assemblent et se combinent. Elle ne ment pas parce qu’elle livre tout, dans une organisation à la fois fulgurante, énervée, précise et élégante, sans faux- semblants. Ces tableaux sont de vastes carnets de recherches ouverts – à la bonne page – ; celle qui conte un portrait, en creux celui de l’artiste, d’un homme ou d’une femme suffisamment intrigants et délicats pour valoir d’une attention particulière.
Depuis ses tableaux noirs, peints mais aussi couverts d’inscriptions faites avec la craie blanche qui rappellent ces fameux tableaux de salles de cours devant lesquels les grands scientifiques prennent traditionnellement la pose, jusqu’aux œuvres plus récentes, ses portraits constellés, Sanjin Cosabic accumule les schémas, les croquis et note d’étranges formules. Clefs des songes, récits mythologiques, diagrammes appartenant à l’imaginaire scientifique, toutes ces annotations qui entourent les portraits témoignent d’une recherche incessante de sens, prise tout autant dans une construction de discours qui tour à tour s’affirme et s’efface que dans une parole originelle, intime et énigmatique.
Les manuscrits de Léonard de Vinci montrent à la fois l’importance d’une pensée qui se fixe temporairement, qui marque une pause dans son mouvement et qui garde aussi le plus grand souci du trait, sa justesse et son élégance. Par exemple, dans le Codex Trivulzianus conservé à Milan on trouve une page où le profil d’un homme dessiné est entouré de mots, méthode technique pour fabriquer un four mais aussi une liste de vocabulaire latin/italien. Dans ses carnets, ce sont des milliers de dessins : architecture, botanique, hydraulique, mécanique, anatomie... qui cohabitent avec des textes savants et sa théorie de la peinture. Il arrive parfois que l’on trouve dans les tableaux de Sanjin Cosabic cette sorte d’accumulation de signes chaotiques et mystérieux et pourtant animée d’une véritable logique de la sensation. L’anatomie, l’architecture et les constellations emplissent son univers pictural. Mais derrière les portraits maniérés, en retrait des perspectives fuyantes, tout un univers de lignes, points, astres, étoiles, surgit de la pénombre : la peinture sensible à la lumière UV manifeste des signes « sympathiques ».
Les œuvres de Sanjin Cosabic multiplient les lectures. A la beauté réaliste des corps succède la géométrie des lignes. A la géométrie des lignes, succèdent des signes invisibles... Des images inscrites dans des images, des signes masqués au cœur de textes manuscrits, un univers baroque soutient cette manière de peindre – toute en habileté et toute en utopie.
Jérôme Diacre